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Pouvoirs locaux
Communication, démocratie et société
civile
La dialectique réalité-image au Burkina Faso. Le processus
de démocratisation en cours, la croissance du poids de la société
civile, la diffusion des nouvelles technologies et l’importance
d’événements culturels comme le festival panafricain
du cinéma (FESPACO). Une interview du maire de la ville de Yako,
Edouard Kouka Namena.
par les soins de Honoré Yao Assouman
Quels
sont les éventuels changements (et de quel genre) pour ce qui concerne
l’image de votre pays et de l’Afrique en général,
dans ces derniers temps, aussi bien sur les mass médias qu’au
niveau des représentations que les gens se font sur la base de
l’éducation scolaire, de la littérature, des acteurs
de la coopération, etc.? Tout cela à la fois dans les pays
occidentaux et dans les pays africains (auto-représentation), notamment
au Burkina Faso.
Je peux bien sûr vous dire que quand on regarde
partout ce qui se passe en Afrique,
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Participation de citoyens à
la Campagne "Gacaca" (election populaire des tribunaux communautaires
au Rwanda)
Source : JHU/CCP, Photoshare, 2001 |
notamment considérant les guerres, surtout en Afrique
occidentale et en Afrique centrale – par exemple ce qui se passe
au Congo Démocratique, en Côte d'Ivoire, en Sierra Leone
– on est tenté de croire que partout en Afrique c'est
la guerre, alors qu'en réalité, il y a des
pays qui malgré tout ce qui se passe soit dans la sous
région où ailleurs en Afrique se battent pour s'en
sortir sur le plan de la stabilité et du développement économique
pour le bien-être de leur peuple. Alors de ce point de vue on peut
dire que le Burkina Faso se particularise. En effet, le Burkina
Faso depuis 1991 vit sous un régime démocratique
avec des institutions démocratiques mises en place,
comme le parlement avec des députés élus, comme au
niveau des collectivités locales où des organes sont élus,
des Maires sont élus etc., et bien sûr tout cela est renforcé
par des institutions de droit comme les juridictions. Au Burkina on peut
noter l’existence de hautes juridictions comme
le Conseil d'Etat, la Haute Cour des Comptes, le Conseil Constitutionnel
et beaucoup d'autres institutions qui permettent de créer les conditions
de l'exercice du droit de l'individu, en tout cas pour
garantir le droit à l'individu. Concernant les collectivités
locales, on peut dire que Yako est une petite Commune
de 18.535 habitants, avec 27 conseillers élus qui, à leur
tour, ont élu un Maire avec ses deux adjoints et des responsables
des commissions pour le développement. Tout cela nous permet de
définir tout ce qu'il y a comme directions pour le développement
de la Commune. Pour revenir à la questions plus large sur le Burkina
Faso, n'oubliez pas que le Burkina est connu sur le plan international
par le FESPACO, qui est le festival panafricain du cinéma
; et par le SIAO (Salon International de l'Art Africain).
Tout cela crée les conditions qui effectivement particularisent
le Burkina Faso, qui est vraiment en marche vers un mieux-être pour
ses populations.
Quels sont les motifs de ces changements?
Le motif de ce changement est surtout le processus
de démocratisation. Vous convenez avec moi pour dire que
si on donne la possibilité aux populations de s'exprimer, surtout
les populations au niveau de la base – parce que, quoi qu'on dise,
la Commune est quand même l'unité de base dans une collectivité
nationale – alors, si ces populations élisent leur représentant
dans un conseil donné, c'est à travers ces représentants
que l'expression se fait. Donc c'est à ce niveau que je dis qu'au
Burkina, surtout dans ma Commune, qu’il y a des changements qui
permettent à la population, à la base, de s'exprimer à
travers ses représentants démocratiquement élus.
Donc, on peut affirmer que la démocratie est une des bases
et un des premiers motifs à citer pour un tel changement.
Cela c'est à un premier niveau formel, car chaque Maire a la faculté
de provoquer des assemblées générales au niveau de
chaque quartier où on associe les gens, où on donne la parole
aux populations et l'expression est libre. A partir de là, les
gens ont ainsi la possibilité de participer à la
définition de ce qu'ils entendent donner comme développement
à leur Commune.
Il y a notamment des stéréotypes sur le Burkina
Faso et l’Afrique en général qui demeurent?
Les stéréotypes bien sûr sont imposés
par la situation internationale que l'on vit. Ces situations de
troubles et de guerres font que beaucoup de pays sont assimilés
et cela porte à percevoir beaucoup de pays africains où
l'expression n'est pas libre, où la presse est bâillonnée,
où les journalistes n'ont pas voix au chapitre. Bien sûr,
je ne peux pas dire que le Burkina n'a pas connu ce genre de situations,
étant donné que vous vous rappelez qu'il y a eu un accident
malheureux qui a concerné l’assassinat du journaliste Norbert
Zongo. Pendant très longtemps il y a eu une espèce de boulet
au pied pour le Burkina Faso qui, malgré tout, résulte l’un
des pays en Afrique où l'expression démocratique est encourageante
en ce moment.
Est qu’il y a une image plus moderne qui est en train
de se diffuser et quels sont les éléments de la vie moderne
du Burkina Faso qui mériteraient d’être mieux connus?
Je crois que, ce qu'il faut retenir du Burkina
comme image positive, c’est surtout le courage
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Affiche de la dernière
édition du Festival panafricain du cinéma
Source: site officiel du FESPACO (www.fespaco.bf),
2003
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qui caractérise notre peuple. Vous
êtes sans ignorer que le Burkina Faso est un pays enclavé
et qu’actuellement, parmi tous les pays de la sous région,
c'est le seul pays où il y a une vraie administration qui marche,
où on sent l'existence d'un Etat organisé. Tout cela est
palpable et nous distingue des autres pays. Si vous allez dans pas mal
de pays de la sous région on voit que c'est “le laisser aller”,
on ne sent pas l'administration, on voit les agents de l'administration
qui sont corrompus, il n'y a pas une prise en main des choses. Alors que
ce n'est pas l'image qu'on peut retenir du Burkina. Je pense que l'image
que donne le Burkina actuellement, c’est celle d’un pays où,
malgré tout, les gens sont responsables, où
l'administration est bien structurée, où
le pays est assez bien gouverné et tout cela permet
de créer les conditions pour un bon développement.
A propos de développement, si vous voulez retenir des éléments
très positifs, on peut citer le domaine de l'agriculture, où
on essaie de tout mettre en œuvre pour exploiter toutes les potentialités
qui sont à disposition. Par exemple, de nouvelles techniques très
développées au niveau de la base permettent d’exploiter
tous les points d'eau du pays, qui donnent en tout cas des raisons d'espérer.
Il y a, en effet, des cultures de contre saisons qui se développent,
car malgré les saisons on continue de produire autours de ces points
d'eau, grâce à ces nouvelles techniques qui sont adaptées
au niveau technologique pour nos populations et qui permettent d'accroître
la production. La même chose est développée pour l'élevage
et donc, si nous avons assez de points d'eau, je pense que l'autosuffisance
alimentaire ne sera plus une utopie.
Quel est le poids de l’image internationale du Burkina
Faso sur les politiques de coopération?
Je pense qu’avec la stabilité
que connaît le Burkina Faso actuellement et qui dure depuis quelques
décennies, le Burkina jouit d'un préjugé
favorable auprès des partenaires au développement.
Cela fait que sur le plan de la coopération bilatérale internationale
il n'y a aucun problème. En tout cas, le Burkina entretient de
bonnes relations avec vraiment beaucoup de pays, surtout avec des partenaires
au développement comme la Banque Mondiale, le PNUD, la BAD et bien
d’autres institutions comme la FAO, etc.
Quel est votre point de vue sur le rapport entre l’image
du Burkina Faso et les facilités d’investissements étrangers?
Comme je vous l’ai dit, toutes les institutions qui
favorisent l'expression plurielle sont présentes dans le pays et
fonctionnent, parce que nous avons un Parlement avec bien sûr plusieurs
partis politiques avec leurs représentants. Tot cela porte à
dire que le Burkina est un pays démocratique avec des institutions
qui garantissent la liberté d'aller et revenir, si bien
que les investisseurs sont vraiment les bienvenus par
ce qu'ils savent qu'en investissant au Burkina, ils n'ont aucun risque,
pour autant que ce soient des investissements dans des secteurs qui sont
rentable. Je veux dire qu'il y a suffisamment de garanties qui sont données
pour les investisseurs étrangers. Il faut signaler que le Burkina
Faso fait partie maintenant d'un ensemble sous régional qui est
l'UEMOA, avec des règles de droit bien posées
qui garantissent tous les investisseurs et cela n'est pas propre seulement
au Burkina, mais à toute la sous région.
Quels sont les acteurs qui contribuent le plus à “construire”
l’image de votre pays et qui peuvent contribuer, en ce sens, soit
sur le plan positif, soit sur le plan négatif? (par exemple, le
rôle négatif que peuvent jouer les africains eux- mêmes).
Sur le plan international, le Burkina s'est illustré
en organisant des manifestations d’envergure internationale
et qui se répètent tous les deux ans, à
savoir le SIAO et le FESPACO. Ce dernier, qui commence la semaine prochaine,
contribue tout seul à faire connaître le pays à l'extérieur,
sans oublier l'organisation tout récemment de la CAN, la coupe
d’Afrique de football pour les juniors qui vient à peine
de se terminer. On peut dire que toutes ces manifestations ont été
des réussites. Alors je pense que pour un petit pays comme le Burkina,
qui est capable d’organiser tout cela sans aucun problème,
de façon correcte, cettes initiatives sont de bons points. Concernant
ce qui peut ternir l'image de l’Afrique, je pense que cela est possible
quand il n'y a pas la liberté d'expression. Mais ce n'est pas le
cas du Burkina car vraiment il y a, comme je vous l'ai dit, une expression
plurielle et le multipartitisme; cela a permis de créer toutes
les potentialités donnant à tout un chacun de s'exprimer
dans la légalité.
Voulez vous nous exprimer votre point de vue sur la coopération
entre les municipalités et la société civile (situation,
acteurs, instruments, potentialités)?
Notre Commune fait partie d'un ensemble de Communes qui
se sont organisées dans le
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Participants au forum populaire
pour la promotion de la responsabilité dans la bonne gouvernance
au Nigéria
Source: JHU/CCP, Photoshare |
cadre de ce qu'on appelle Association des Municipalités
du Burkina Faso (AMBF), qui regroupe toutes les Communes du pays.
Nous sommes membres à part entière de cette association.
Revenant à la Commune de Yako, elle comprend 7
arrondissements et chaque arrondissement est représenté
au sein du Conseil Municipal par trois conseillers, qui sont élus
au suffrage universel et représentent toutes les couches sociales
de l’arrondissement. Comment se fait le dialogue avec la
société civile? Vous savez que non seulement chaque
conseiller représente toute la population de l'arrondissement,
mais la Municipalité s'arrange pour avoir des rencontres
périodiques avec bien sûr certains groupes organisés
qui veulent avoir des informations au sein de la Commune. Par exemple,
à la réunion d'un conseil municipal l'accès
est libre, les débats se déroulent de façon
ouverte, donc, que vous apparteniez à un parti politique ou à
une association de développement, vous avez le libre accès
au conseil; concernant les grandes décisions qui se prennent, le
Conseil s'organise à ce que ces associations soient informées.
Les instruments à disposition sont le bureau du conseil,
qui est un organisme permanent et qui, à l'occasion de certaines
manifestations, associe les populations. Par exemple, quand je suis arrivé
à la tête de cette Municipalité, j'ai informé
tous pour dire que le développement ne pouvait
pas être l'affaire des seuls conseillers municipaux, mais de
toute la population locale, donc il fallait aussi que nous associons
les cadres et les opérateurs économiques qui sont de Yako
et qui vivent en dehors de la Commune, par exemple à Ouagadougou
et dans le pays, et aussi ceux qui vivent à l’étranger
et qui constituent la diaspora. Il fallait donc associer
tout le monde à la définition de notre plan communal.
Nous avons demandé à chaque conseiller de promouvoir des
réunions au niveau des villages et des quartiers
pour dégager les besoins de chaque arrondissement. Cela nous a
porté à faire une synthèse et avec les résultats
obtenus nous avons appelé nos autres partenaires qui sont les
services étatiques, notamment les ministères de
l'Education nationale, de la Santé et de l'Agriculture, les ONG
et les associations que nous avons informés sur
ce que les gens veulent au niveau des arrondissements. Nous les avons
invités à examiner les exigences de la population, compte
tenu des moyens dont on dispose et des objectifs de chaque ministère,
et donc à travailler en fonction des besoins exprimés par
les populations au niveau de la base. Nous avons déjà fait
une rencontre avec tous ces acteurs. Par la suite, je leur ai dit que
tout ce qui a été fait allait dans le bon sens, parce que
la population à la base s'est exprimée; j’ai dit également
aux fonctionnaires occupant des postes au niveau de chaque département
ministériel que leurs points de vue gagneraient à être
complétés par tous ceux qui sont de Yako et qui ne vivent
pas dans la Commune. Alors d’autres ultérieures assemblées
générales ont été organisées, durant
lesquelles il a été décidé non seulement de
se répartir en commissions pour élaborer les données
qui sont sorties au niveau local, mais surtout de créer un
fonds pour soutenir les efforts de la Municipalité, à
fin de favoriser le plan de développement sur lequel tous ont été
conviés à réfléchir. C’est ainsi que
les uns et les autres ont été associés à ce
plan de développement local.
Quel est votre avis sur le rôle des nouvelles technologies
de l’information et de la communication dans le domaine de la coopération
internationale et du développement, en particulier pour le Burkina
Faso?
Quoi qu'on dise, malgré notre pauvreté, nous
essayions de ne pas vivre en marge du courant mondial.
Vous savez qu’actuellement on dit que le monde est devenu pratiquement
un grand village grâce aux nouvelles technologies et donc celui
qui essaie de se soustraire, se marginalise et ne peut pas suivre le mouvement.
Pour revenir à notre Commune, par rapport aux nouvelles technologies,
nous utilisons les ordinateurs, non seulement pour produire
les actes d'état civil qui sont solicités par les populations,
mais surtout lpour nous connecter, pour avoir la possibilité
de nous informer et de nous mettre en liaison avec les autres parties
du monde, pour comprendre ce qui est en train de se passer de l'autre
côté du monde, pour acquérir les bonnes pratiques
des autres municipalités soit du nord que du sud de la
planète. Ces moyens nous permettent aussi de tenir des relations
avec nos partenaires qui sont à l'étranger. Vous savez que
Yako est jumelée avec une ville en France et nous communiquons
en envoyant des messages à travers Internet, qui
est pour nous le moyen le plus rapide et le plus économique, compte
tenu de nos moyens économiques très limités. Par
exemple, rien qu'avant hier, je venais de recevoir une mission, des amis
qui viennent de la province de Turin, le Maire adjoint de Moretta qui
est une petite commune du Piémont et qui désire entretenir
des relations avec Yako. Alors ils ont envoyé une délégation
qui est actuellement au travail ici. Avec nos amis italiens aussi nous
organiserons nos communications à travers Internet.
Pouvez vous faire le point sur le rapport entre le Burkina
Faso et la diaspora burkinabée (situation et potentialités
pour le développement du pays)?
Vous savez qu'au sein du Ministère des Affaires
Etrangères au Burkina, il y a une direction du nom du Conseil
des Burkinabés à l'étranger. Cette institution
s'occupe de l'intérêt de tous les burkinabés qui sont
à l'étranger et se charge de convier les représentants
de la diaspora à des rencontres occasionnelles périodiques
qui se déroulent au Burkina Faso. Actuellement il y a des membres
de la diaspora burkinabée qui font partie de la troisième
institution, qui est le Conseil Economique et Social, pour décider
de l'avenir du Burkina. Ils participent aux assemblées de cette
institution pour apporter leur soutien au développement
du pays. Je crois que le Burkina a compris le poids que les burkinabés
à l'étranger représentent, et je pense que nous sommes
conscients du rôle moteur que ces burkinabés peuvent représenter.
Par exemple, pour l’opération immobiliaire intitulée
“Ouaga 2000“, qui consiste en la construction d’une
cité moderne à Ouagadougou, un appel a été
fait à la diaspora qui veut investir au Burkina, pour avoir au
moins une parcelle à Ouaga 2000, c’est à dire un pied
par terre, de manière à les intéresser,
et surtout à les inciter à investir et à penser
à leur pays.
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EDOUARD KOUKA NANEMA
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Edouard Kouka Nanema est Maire de Yako dans la Région
du Passoré au Burkina Faso, où il est né en 1946.
Il a occupé différentes hautes fonctions dans l’Administration
Publique et dans certaines ONG au Burkina Faso. Il a été
chef du bureau d’Etudes du Ministère de l’Intérieur
et de la Sécurité, ensuite Directeur des Affaires Sociales
au Ministère de la Santé Publique, puis Secrétaire
Général du Département des Hauts Bassins, Président
de la Délégation Spéciale de la Commune de Bobo Dioulasso.
Il a été par la suite Préfet du Département
du Centre Nord Kaya et du Département du Centre Ouagadougou, Directeur
des Affaires Politiques - Ministère de l’Intérieur
et de la Sécurité et, enfin, Président du Fonds d’Indemnisation
Financière des Personnes Réhabilités au Ministère
de la Fonction Publique. Monsieur Nanema s’est occupé du
social comme Directeur du National World Relief, ONG américaine.
UN MALENTENDU CRUCIAL
Je crois que un des stéréotypes les plus
enracinés – même auprès du public cultivé
– sur l’Afrique est qu’il s’agit
d’un continent “essentiellement’’ rural.
Malgré que de nombreuses évidences – historiques,
démographiques et sociologiques – montrent désormais
combien la réalité urbaine fait non seulement
partie intégrante de la réalité mais de la tradition
africaine, ce stéréotype conserve une certaine
diffusion. Ceci est aussi dû à des malentendus dont les africains
eux-mêmes sont parfois inconsciemment des véhicules de transmission,
surtout dans leurs contacts interculturels. En effet, il est assez fréquent
par exemple qu’un ivoirien résident à l’étranger
(comme moi), quand il se trouve à parler de sa propre ville d’origine,
il le fait en utilisant le terme “village”,
même si comme dans mon cas, la ville en questions
est Toumodi qui compte 30.000 habitants, des bureaux administratifs, des
services postaux, d’éducation, sanitaires, commerciaux etc.
Et il n’est pas rare que, par ce terme l’on indique ce qui
est en fait une grande ville.
L’historien Sékéné Mody Cissoko
a montré que dans la plupart des langues d’Afrique occidentale
– à part celles Soninke et Yorouba – il n’existe
pas, par rapport à celui indiquant le village, un
mot spécial pour la ville (la ville est souvent appelée,
justement, “grand village”). En outre, chez de nombreux peuples,
la réalité urbaine est, bien sûr, incontestablement
perçue comme développement ou croissance d’un village..
Or, dans les rapports interculturels, tout ceci peut facilement mener
à un malentendu et à une dissimulation
– certainement involontaire, mais de fait – de la
réalité urbaine. Le mot “village”
est pour les africains chargé de nombreuses connotations
: il indique l’origine, le lieu où s’élaborent
les visions du monde, le point de rencontre entre la tradition et la modernité,
bref, un élément de repère profond et vital.
Si ce n’est que, même lorsque ces significations sont exprimées
par un individu provenant d’une grande métropole comme Rome
ou comme Abidjan (qui a 3.000.000 d'habitants), il se déclenche
facilement un mécanisme linguistico-culturel qui – aux yeux
d’un observateur externe – fait pour ainsi dire replacer ces
significations dans une réalité rurale tout court. Comprendre,
distinguer et faire connaître ces phénomènes ne peut,
y compris dans ce cas, que faire du bien à l’image de l’Afrique.
Honoré Yao Assouman
Traduction: Madeleine Carbonnier
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